20 novembre 2019, 17:44 -

Né à Paris de parents d’origine malienne, Almamy Kanouté habite à Fresnes dans le Val-de-Marne depuis l’âge de deux ans. D’abord employé dans l’aéronautique puis éducateur, il est aujourd’hui à l’affiche du premier long-métrage du réalisateur Ladj Ly : ‘Les Misérables’.

 

C’est au niveau de l’esplanade de la Pantiero en plein Festival de Cannes que le rendez-vous est pris. La carrure imposante et le sourire aux lèvres, Almamy est vêtu d’un t-shirt floqué « Attitude ». Nous nous sommes rencontrés pour discuter du premier long-métrage du réalisateur Ladj Ly : ‘Les Misérables’, alors à l’époque en compétition pour la 72e édition du Festival de Cannes. Il y joue le rôle de Salah, un ancien délinquant notoire, propriétaire de fast-food et repenti dans ce que l’on appelle dans la religion musulmane : le Din.

La scène d’ouverture du film est fédératrice, on fait face à la ferveur populaire d’une France unie au lendemain de la victoire de l’équipe de France de football. Et comme l’expression d’une rage latente, les paroles sanglantes de La Marseillaise y sont entonnées en coeur. Le film ‘Les Misérables’ emporte le spectateur dans une démonstration de force cinématographique à couper le souffle. Les points de vue des différents protagonistes s’entremêlent dans un récit qui sonne comme une métaphore filée du roman de Victor Hugo.

Dans ce film, Almamy représente une figure que l’on croise souvent dans les quartiers populaires. Ces médiateurs sociaux qu’il définit comme des pratiquants qui prêchent la bonne parole, le bon comportement et le vivre-ensemble. Dans le film, Salah et ses frères en Islam permettent de nuancer l’image des religieux musulmans dans le cinéma, souvent cantonnés à des rôles stéréotypés et stigmatisants. Comme il l’explique, « Mon personnage dans ‘Les Misérables’ sert à démystifier l’image négative qui entoure les musulmans des quartiers populaires ».

Almamy est sur le terrain du militantisme depuis bon nombre d’années, il tient un discours pragmatique et sans équivoque sur le sujet dont traite ‘Les Misérables. Sa lucidité force le respect et ses mots font état d’une réalité qu’il ne connait que trop bien. Lorsqu’il promeut « l’action de chacun à sa propre échelle », dans ses paroles on ressent une profonde fierté pour ce qu’a accompli Ladj Ly. Selon lui, ce film représente « une caisse de résonance incroyable pour sensibiliser à la question des violences policières ».

Pour Almamy, « ‘Les Misérables’ c’est le cri des oubliés de notre époque. Une vision panoramique du contexte social – et à la fois répressif – des différents maillons de notre société. Sans parti-pris. Juste un état de fait. Un film qui dénonce un système d’oppression qui ne date pas d’aujourd’hui et aux méthodes qui ne datent pas d’hier ».

Ce long-métrage pousse la réflexion et lève le voile sur les tabous qui entourent les violences policières. Pour Almamy, « Ce film tire la sonnette d’alarme sur quelque chose qui a toujours existé et qui perdurera tant que nous auront dans les décideurs des hommes et des femmes qui n’auront pas la volonté de voir changer les chose ». 

Comme l’a justement souligné le sociologue et philosophe Geoffrey De Lagasnerie dans le livre qu’il co-signe avec Assa Traoré, – fondatrice du « Comité vérité et justice pour Adama » – qui au-delà du combat lié aux circonstances de la mort de son frère Adama Traoré en 2016 à la suite d’une interpellation par la gendarmerie, lutte pour les quartiers et contre les violences policières. « L’ordre policier n’est évidemment pas indépendant de l’ordre social, de l’ordre politique, de l’ordre juridique, de l’ordre économique, de l’ordre racial dont il est aussi l’effet et le symptôme. Les violences policières sont comme la pointe émergée de tout un système de violences dont elles sont en partie la manifestation et la conséquence et l’on ne peut comprendre les unes sans restituer les autres ». 

‘Les Misérables’ de Ladj Ly, sortie salles le 20 novembre 2019.