15 février 2019, 20:19 -

Le rappeur du 93 revient plus fort que jamais

Dans les tuyaux du rap français depuis des mois et des mois à travailler dans l’ombre, Gianni sort aujourd’hui son premier véritable projet après DDM en novembre dernier, un 10 titres nommé Géhenne. Dans les représentations bibliques, la Géhenne est l’enfer, et ce sinistre décor colle parfaitement au discours torturé et tourmenté du rappeur de Romainville.

Brut et sans filtre au micro, le rappeur couche ses textes avec la rage et la ferveur d’une vie passée jusqu’ici à galérer sur le béton, et à regretter ses erreurs mais sans jamais arrêter d’assumer ni d’avancer. D’une sincérité sans faille sur tout le long du projet, Gianni n’a pas besoin de faire semblant pour gonfler sa musique d’émotions, et rappe comme il chante sur Géhenne : avec les tripes.

« J’te parle de rue, j’te soule, mais j’ai que ça »

Malgré la rudesse du propos, Gianni enrobe chaque flow dans des mélodies douces et envoûtantes, sur des prods pas moins absorbantes et mieux produites que jamais pour le rappeur. Des nappes de synthés brumeuses dans lesquelles on se noie sans peine, transpercées de basses sourdes et puissantes, qui accentuent la profondeur de chaque morceau de Géhenne, sont toutes bercées d’une mélancolie poignante et d’une intense nostalgie, bien que quelques rares rayons de soleil tentent ça et là de percer la bulle de Gianni. Entre deux ouragans dévastateurs de cloudrap aux beats massifs et aux mélodies magiques, quelques couplets viennent apaiser les torrents de feux noirs que déverse le rappeur. Le calme après la tempête, un autre terrain sur lequel excelle Gianni, déchiré mais apaisé par ses psychotropes et sa volonté de fer. Court mais extrêmement riche, parfaitement cohérent et maîtrisé, Géhenne est un excellent premier projet pour le rappeur du 93, qui scelle son entrée dans le jeu en prouvant à chaque mot que sa musique n’a elle rien d’un jeu. Un véritable exutoire, et une belle performance pour le jeune rappeur.

Écoute gratuite avec