3 avril 2019, 11:27 -

L’avantage quand on n’attend rien d’un film, c’est qu’on ne peut qu’être surpris. 

Pas si mal. Voilà les termes que j’utiliserais si il fallait que je résume ce film en trois mots. Pour être honnête avec vous, je m’attendais à un Sexy Dance version Aliexpress. Une vulgaire copie ratée de la série de films à succès américaine. Hashtag « Quand Hollywood devient Clignancourt ».

J’entendais beaucoup de gens se moquer du film. J’avoue que j’ai aussi lâché quelques moqueries lorsque j’ai vu la bande-annonce. Mais en tant que journaliste, je me devais tout de même d’aller le voir afin de me faire ma propre idée.

Petit, je détestais l’allure des artichauts. La simple odeur de ceux-ci me répugnait. Puis un jour, ma mère m’a encouragé (forcé) à goûter. Les artichauts font aujourd’hui parti des mes aliments préférés. Comme quoi, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis.

Ne sont-ils pas magnifiques ?

Assez parler de légumes verts. C’était simplement pour vous dire qu’avec le temps, j’ai appris à ne plus m’arrêter devant l’arbre qui cache la forêt. Oui, je parle comme un ancien, et alors ? 

J’ai donc pris mon courage à deux mains et suis allé voir le film de Ladislas Chollat. Bon, l’entrée était gratuite. C’est aussi un argument qui a énormément fait pencher la balance en sa faveur. Les projections presse : le plus grand privilège des journalistes. On se fait beaucoup insulter nos mamans sur les réseaux sociaux mais au moins, on va voir nos films gratos. 

Le long-métrage raconte l’histoire de Joseph (Rayane Bensetti), un jeune homme passionné de hip-hop qui monte sur Paris avec sa copine Emma (Fiorella Campanella) et son meilleur pote Karim (Mehdi Kerkouche) pour intégrer le crew parisien de Youri (Brahim Zaibat aka l’ex de Madonna), un célèbre breaker. Oui, Youri est un rebeu. Et pourquoi pas ? La petite bande va ensuite tenter de gagner un concours international de hip-hop. Du Sexy Dance à première vue, quoi. Quand tu lis le pitch, tu te dis forcément « un film de danse français avec Rayane Bensetti, ça sent le navet ». J’ai raté l’occasion de fermer ma gueule. Pas le temps pour les regrets, les erreurs n’appartiennent qu’à nous-mêmes.

Le film démarre très vite. Les scénaristes ont fait le choix de directement nous mettre dans le vif du sujet. Ce qui n’est au fond pas plus mal. Flemme de tourner autour du pot cent-sept ans. On en a rien à foutre de savoir pourquoi Joseph a quitté ses moutons pour aller faire des saltos sur le parvis de la Défense. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il veut vivre de passion et d’eau fraiche.

Les portes de l’enfer.

J’ai néanmoins eu un peu de mal à accrocher au départ. Surtout quand j’ai vu que beaucoup de plans étaient tournés à Châtelet. Bordel. Comme si je ne passais déjà pas assez de temps là-bas ! Même quand je suis pépère sur un siège de cinéma, ce lieu maudit me rattrape. Bravo aux cadreurs/monteurs qui ont réussi à faire passer les Halles de Châtelet pour un bel endroit. Les provinciaux ne devineront jamais que ce lieu est en réalité le QG des personnes les plus chelous de Paname.

Le film est énormément centré sur Joseph aka Rayane Bensetti. Beau gosse, musclé, excellent danceur… les producteurs ont clairement fait le bon choix en donnant le rôle principal à l’acteur de Tamara et Pep’s. Même si le film était éclaté, il aurait quand même fait ses entrées grâce aux petites Léa et Camille de 14 ans qui veulent voir les abdos de Bensetti. 

Quand tu vois ton album tourner sur Twitter alors que sa sortie est prévue dans deux semaines.

À ma grande surprise, tout marche plutôt bien. Guillaume de Tonquédec est très bon dans son rôle de Rémi, beau-père de Joseph. J’ai tellement du mal à voir ce mec en dehors en Fais pas ci, fais pas ça. Il sera toujours pour moi Renaud Lepic, un petit père de famille républicain. Mon Nicolas Sarkozy à moi. 

Mention spéciale à Alexia Giordano qui se révèle magnifiquement au grand public dans ce film. Juste dans son jeu, charismatique, touchante, attachante… Si tu lis cet article, je t’invite à me laisser ton numéro dans les commentaires. C’est pour un pote. (je plaisante)

Les chorégraphies sont plutôt réussies. Rayane Bensetti danse incroyablement bien. Enfoiré. Je suis sûr que j’aurais pu avoir son niveau en dance si je ne m’étais pas fait les croisés lorsque j’avais 14 ans. Si vous êtes puceau, apprenez à faire les mêmes enchaînements que lui. Je vous promets que vous ne rentrerez plus jamais seul de vos soirées (protégez-vous). 

Avant il plaisait à Eva Mendes. Aujourd’hui, il plait toujours à Eva Mendes.

Le scénario manque peut-être parfois de précision mais reste correct. Ce n’est pas un chef d’oeuvre que je montrerais à mon gosse dans quinze ans mais j’ai tout de même passé un bon moment devant ce film. Alors non, ce n’est pas Sexy Dance, mais tout simplement Let’s Dance. 

On reproche tellement au cinéma français de toujours faire la même chose qu’il est injuste de rabaisser les films qui tentent de se démarquer. L’initiative est bonne et il est important de la souligner. Pas le temps pour les regrets, les erreurs n’appartiennent qu’à nous-mêmes. Arrêtons un peu de pomper le dard des américains et motivons les productions françaises à faire évoluer notre cinéma. Nous sommes nés pour amener notre part de progrès. 

Soyons patriotes, soyons Charlie, soyons optimistes et surtout, goutez au moins une fois dans votre vie les artichauts !