16 mai 2019, 11:22 -

Rendez-vous au Cap Vert, à Praia, sa capitale, pendant 4 jours en avril dernier à l’occasion de l’Atlantic Music Export (AME), un grand marché professionnel de la musique ouvert au public. L’objectif principal: permettre aux artistes, cap-verdiens et d’autres continents, de s’exporter. C’est aussi l’occasion de découvrir comment se porte la scène urbaine Cap-Verdienne.

 

 

Retours aux sources.

 

L’AME a été créé il y a 7 ans par Mario Lucio, alors ministre de la culture cap-verdienne. Élodie da Silva, responsable des relations internationales de l’AME nous décrit cette création par « la volonté de pousser la musique au Cap Vert et diriger sa politique culturelle par la musique » tout en faisant « découvrir la musique cap-verdienne au monde ». L’AME fait partie aujourd’hui des marchés de la musique les plus influents, où se croisent des professionnels venus du monde entier: programmateurs de festival, directeurs de labels, journalistes et managers.

 

Le festival a connu une véritable évolution ces dernières années dans sa proposition musicale puisqu’il a su passer d’une programmation en grande partie traditionnelle à une programmation beaucoup plus moderne, grâce notamment à une scène dédiée à la musique urbaine.

 

L’autre particularité du festival est d’offrir aux habitants un accès libre et gratuit aux différents concerts. Pour le plus grand bonheur des Praîens.

 

 

L’ouverture de l’AME

 

est quant à elle pour le moins atypique puisque c’est à l’Assemblée Nationale du Cap Vert en compagnie de l’exécutif cap-verdien que l’on assiste aux concerts de La Yegros et Cremilda Medina. Une ouverture en grande pompe qui nous rappelle à quel point la politique culturelle fait partie des piliers de la politique cap-verdienne: un enjeu à la fois économique et de soft power.

 

Le reste de la semaine les concerts auront lieu en plein air, sur deux scènes ouvertes dans la ville. Dans les rues de Paria, on chante, on rappe. Toutes les occasions sont bonnes pour donner sa carte de visite ou sa clef usb, en espérant promouvoir sa musique.

 

L’AME s’inscrit à la fois dans une volonté d’ouverture à de nouveaux genres musicaux tout en gardant cette volonté inhérente au festival de permettre aux artistes de s’exporter à l’international.

 

 

Sonorités locales.

 

Comme nous le prouve les charts des streaming de semaines en semaines, de Colombie au Maroc en passant par l’Afrique du Sud, la musique urbaine locale n’a jamais autant eu le vent en poupe. 

La preuve en est dans cette nouvelle scène urbaine cap-verdienne tentée de multiples influences : angolaises, mozambicaines, brésiliennes ou encore portugaises.

 

Le Cap Vert a déjà ses stars de la musique urbaine, même si la plupart vivent encore à l’étranger aujourd’hui. C’est le cas notamment de l’artiste Elji Beatzkilla, cap-verdien vivant aujourd’hui aux États Unis, et connu pour avoir apporté une touche RnB et Rap au Zouk et à la Kizomba.

Cependant comme le souligne Elodie da Silva, « les artistes de la nouvelle génération arrivent aujourd’hui beaucoup facilement à vivre de la musique en habitant au Cap Vert ». 

L’AME a aussi été l’occasion de rencontrer le rappeur Ga Da Lomba, le visage fort du rap cap-verdien. Son nouvel album à venir est un mélange entre sons capverdiens et hip hop. Une première dans l’histoire cap-verdienne? Pas forcément selon lui, puisque certains artistes ont tenté l’expérience, sans forcément créer d’écho au niveau international.

 

Ga Da Lomba insiste sur cette volonté de partager son patrimoine culturel par le biais de ce qu’il définit comme du Criole Hip Hop : un mix entre musiques traditionnelles capverdiennes (Batuque et Funaná principalement) et rap aux sonorités plus américaines.

 

Il nous parle volontiers de son influence principale: Princezito, l’artiste et activiste cap-verdien qui a su dans les années 2000 revisiter le finason, musique traditionnelle chantée historiquement par les esclaves, puis introduit plus tardivement dans les séances de Batuque. Il considère le finason comme le pré rap capverdien, à la fois par ses thèmes que sa couleur musicale.

 

 

Chaque nuit, le festival se termine à la Warehouse, lieu situé à dix minutes de taxi du centre de Praîa. Ici les soirées battent leur plein jusqu’au petit matin. Différents DJs enflammeront le dancefloor avec toujours la même volonté : mettre en valeur les musiques locales. Comme nous l’explique DJ Streladuh, pour les DJs capverdiens également, l’AME est une plateforme parfaite pour pouvoir se promouvoir et présenter la culture locale à un public professionnel étranger.

 

 

L’AME enchaine avec le Kriol Festival dont Mayra Andrade, que vous aviez découvert dans l’émission JetLag, est l’une des têtes d’affiche. C’est officiellement l’ouverture d’une longue saison de festivals au Cap Vert, la fête ne fait que commencer.