29 juin 2018, 14:10 -

Un an après l’excellent Digitalova, le rappeur toulousain nous présente son troisième projet solo, .Raw. Digne et logique suite de ses prédécesseurs, .Raw vient clore la première étape de la mutation de Laylow : sa digitalisation complète.

.raw [rɔ:]  : format d’image pour les fichiers numériques, caractérisé par le fait de n’avoir subi que peu de traitement informatiques. Le format propriétaire de ces fichiers rend très difficile, voire impossible leur décodage sans informations du constructeur.

En décembre 2016, Laylow nous avait d’abord proposé une ride avec Mercy, puis une virée nocturne à Digital Vice City sur le second projet, six mois plus tard. Qu’attendre de lui sur ce nouveau projet, si ce n’est une troisième dose, plus forte encore que les deux précédentes ?

Puisque la formule est la même dans l’essence, un projet 10 titres surdigitalisé tant dans la musique que dans les visuels et les lives, les auditeurs récurrents du toulousain ne seront qu’agréablement surpris par ce nouvel opus. Les nouveaux venus découvriront de la meilleure façon le digital mundo de Laylow et de son équipe, TBMA, Dioscures, Benjay et tous les beatmakeurs présents sur le projet.

Comme pour toutes les drogues, il est difficile de ne pas tomber vraiment dans l’addiction passées les deux premières prises. La troisième est fatale quelle que soit l’addiction, et les expériences digitales du toulousain de font pas exception à la règle. Cet univers qu’il explore, exalté et saisissant de contrastes et de profondeur, où les émotions sont plus fortes et les couleurs plus vives, a complètement matrixé Laylow. D’un simple trip occasionnel de curiosité, l’attrait pour cet univers a tourné à l’obsession pour le rappeur, devenu un véritable aventurier de ces terres numériques inconnues. La ride au coeur d’une ville digitale, qui faisait l’objet du projet entier sur Digitalova ne lui a pris le temps que du premier single sur .Raw, Ciudad. Accumulant les skills, chaque année bonhomme of da year, le rappeur se meut à présent avec une aisance folle dans cet univers, seul au volant sur toutes les routes – excepté une piste particulièrement ardue, sur laquelle il fait de Wit son copilote, le temps d’un banger brûlant. Signe de son upgrade artistique conséquente depuis le dernier projet, l’habileté de Laylow à se déplacer dans le digital mundo est également le signe d’une bien plus mauvaise nouvelle pour l’artiste : la troisième prise était trop forte, et Laylow a basculé. Il ne voyage plus d’un monde à l’autre, mais se retrouve coincé dans un monde digital qui lui correspond finalement beaucoup mieux.

 

 

« J’suis dans la tess, j’suis dans l’ordinateur » – Draxter

Dès la première phase de l’album, Laylow sait qu’il est trop tard, et qu’aucun retour en arrière n’est possible. Cool-al dans prostate, pour affronter un monde ruisselant de vice et de drogues, il entame le projet pied au plancher, dégaine de footeux dans panamera, à 220 dans le système de ce monde numérique. Derrière les machines et les amas de câbles, une infinité de nappes de synthétiseurs, soutenues par des cordes de guitare et des mélodies de piano, une immense route qui s’étend sous un ciel de fumée, des basses fracassant le ciel comme les plus violents des orages. Une véritable matrice, dont les 0 et les 1 sont de puissants kicks de 808 et des rafales de caisses claires.

Quasi-constamment pied au plancher sur le projet, Laylow, son parti pris musical et sa direction artistique ne laissent clairement pas la place à la demi-mesure. Que de l’essence survitalisée dans le moteur, que de l’alcool pur dans la bouteille. Les anciens les plus conformistes et leurs CD rayés (classiques, mais rayés) auront beau ne pas comprendre la démarche, le toulousain s’en fout, et va au bout de sa démarche. Les thèmes évoqués gravitent toujours autour de ce à quoi il nous avait habitué, beaucoup de vrombissement de moteurs et de pilules colorées, des naïades qui jouissent et d’autres qui pleurent. Pourtant, Laylow prend un recul inhabituel sur lui-même à la fin du projet, nous offrant notamment l’exceptionnel Hi-Fi, avec son homie Dioscures à la prod. Pour une fois, Laylow coupe le moteur et fige le temps sur disque, se retourne et contemple la digital city derrière lui, il repense à son voyage, et à cet univers dans lequel il évolue musicalement. Le temps d’une dernière danse, d’une dernière piste, Laylow conclut le projet et son tryptique d’EP en sortant de la voiture avec Avenue, mais il ne ressortira pas de l’univers digital dont il fait maintenant partie intégrante. Après l’écoute du projet, on ne sait plus si on est retourné dans le monde réel, ou resté coincé avec lui dans son monde, on ne sait même pas lequel de ces deux choix est le plus attrayant. Nous, au moins, on a le choix de cliquer ou non sur la porte d’entrée vers cet univers, la musique de Laylow, il ne s’agit que de faire le bon. Pour le rappeur, plus de retour en arrière possible : pour le meilleur et pour le pire, Laylow est aujourd’hui totalement digitalisé, créateur et création à la fois. Laylow.raw.