4 mars 2020, 17:37 -

Après un passage remarqué au KFC de Strasbourg-Saint-Denis et un Sunday Service très privé dans la capitale, Kanye a investi Paris pour un défilé-surprise de la huitième saison de sa marque Yeezy.

 

Comme à son habitude, Kanye West a pris plaisir à surprendre son monde. Le producteur devenu rappeur devenu designer a ainsi redémarré son projet textile Yeezy avec un défilé-surprise inédit. Cela faisait trois ans que Ye et sa marque n’avaient pas pris part à une Fashion Week. Pour y remédier, Kanye a vu les choses en grand en réservant l’Espace Niemeyer. Un bâtiment gigantesque situé place du Colonel Fabien. Un lieu qui profite d’une architecture contemporaine et conceptuelle qui est aussi le siège du Parti communiste Français. Une fois, les partisans rouges sortis du bâtiment et la dalle recouverte d’herbe, on comprend vite pourquoi Kanye a choisi le lieu. La grande façade sert d’écran de retransmission géant tandis que le dôme énigmatique offre un catwalk parfait aux mannequins Yeezy.

Pour vous éviter de vous geler dans le froid, un lundi soir, le tout bloqué derrière un mur et une barrière, nous sommes partis sur place pour assister au défilé. Voilà les 5 choses qu’il faut retenir de ce défilé Yeezy Season 8.

Un show démesuré

Vous l’aurez compris, Kanye fait rarement les choses à moitié et encore moins lorsqu’il s’agit de Yeezy. Entre des défilés au Madison Square Garden ou bien un show sous le soleil caniculaire de New York, Ye a l’habitude de pousser à l’extrême ce qui lui est possible pour sa marque. Cette saison 8 n’a pas échappé à cette règle puisque les 18 mannequins ont défilé dehors sous les 4 °C qui régnaient sur Paris en ce lundi soir. C’est déjà une belle épreuve. Mais alors lorsque l’on sait que Kanye et son équipe ont réservé l’Espace Niemeyer seulement une semaine à l’avance, selon des sources travaillant dans le bâtiment. Là, le show se transforme en mission impossible. Surtout vu le gigantesque setup prévu par l’artiste : barrière de deux mètres autour du bâtiment, façade transformée en écran géant, camion Yeezy pour le show et équipe de retransmission qui quadrille le show. En somme, un show XXL qui a pris place au siège du PCF en seulement deux jours. On comprend mieux les minutes de retard au début du défilé, tout devait être parfait.

Nouveaux matériaux et camaïeu pastel

Depuis le lancement de Yeezy, l’une des marques de fabrique du label est surement sa palette de couleurs. Kanye West a ainsi souvent eu l’habitude de présenter des looks, voir même des collections entières basées sur un camaïeu pastel. Cette huitième saison de Yeezy ne coupe pas à cette signature. Ainsi un coupe-vent au style élancé se couple à un large pant confectionné dans une toile cirée brillante et bleutée (10). Tout comme la tenue sobre d’une mannequin qui porte un léger kimono (16) blanc immaculé que Kanye paire avec un pantalon gris pâle, fin comme du papier. Pas de contrastes qui sautent aux yeux et une unité chromatique qui a un peu tendance à nous endormir.

Mais heureusement, si les couleurs sont plates, les matériaux eux créent le contraste et un peu d’attrait dans cette collection. Par exemple, les kimonos et pantalons profitent d’une matière très fine, presque cartonnée au vu des plis présents sur le textile. Les pièces proches du corps comme les débardeurs crop-top s’affichent dans un textile brut tandis que le pantalon XXL qui l’accompagne innove grâce à un aspect filandreux, comme si le coton n’avait pas été tissé, simplement collé. Ce jeu de texture se retrouve aussi bien sur des doudounes aux coupes oversizes que sur des pantalons où se mêlent les fibres blanches et grises. Le nylon et les matières plastiques prennent évidemment le dessus sur les pièces d’outerwear d’une collection fortement influencée par les matières matelassées façon doudoune. Tous ces éléments ouvrent la voie à un nouveau style pour Yeezy : plus conceptuel et plus excentrique.

Une ligne de footwear gonflée

Autre point important de tous les défilés estampillés Yeezy, la partie footwear qui affole tous les sneakers addicts et autres resellers du dimanche. Le moins qu’on puisse dire c’est que Kanye est allé très loin dans sa conception des chaussures Yeezy. Loin de reproduire son travail chez Adidas, qui est totalement indépendant de la marque textile, West a préféré réaliser trois silhouettes futuristes et expérimentales. Déjà, les claquettes Clog que portait Yeezus l’an passé ont reçu un relooking. Désormais, les sandales sont oversizes et la semelle épaisse se termine par une languette gonflée au possible.

La pièce qui a retenu l’attention de tous lors de ce défilé c’est surement la botte mixant une semelle chunky percée de trous à une empeigne en matière matelassée. Une pièce qui match parfaitement avec les puffer jackets élaborées pour cette huitième saison. Finalement, une autre version de bottes est aussi proposée. Celle-ci dispose d’une semelle extérieure plus fine, mais l’armature à la pointe du modèle assure une meilleure résistance aux intempéries. De même, cette paire de bottes profite du fameux matériau matelassé qui semble vraiment confortable et de tissus recouvrant l’empeigne pour un look plus casual. Aussi lunaire et expérimental que les vêtements, les paires de cette collection ouvrent un nouveau champ des possibles à un Kanye qui tourne parfois en rond sur ces modèles adidas.

Un nouveau style Yeezy, plus conceptuel, plus expérimental

Là où Yeezy pouvait se targuer de toucher une audience massive allant du fan de streetwear au quadragénaire travaillant dans les bureaux, cette huitième saison marque une rupture. Déjà, les coupes imaginées par Kanye et ses équipes tranchent littéralement avec le travail des saisons précédentes. L’oversize trouve ici sa place dans une moindre mesure. Les bas sont longs, mais étroits, les tops sont grossièrement coupés court pour laisser une partie du corps se dévoiler. Et la protection contre les intempéries se réinvente. Les capuches sont intégrées d’office aux pièces et différentes poches et fermetures viennent se coudre sur la face des vêtements. Les coutures apparentes et l’entrée de poche retournée des joggings complètent les looks futuristes.

Le tissu des pants marque les hanches avec des replis alors que le style Yeezy se décompose en une multitude de pièces. L’illustration de ce changement : les gilets sans manche qu’il faut coupler au crop-top à capuche pour former un manteau. Un layering innovant complété par une manche à smartphone à enfiler autour du bras. Ces petites pièces cumulées forment un joli contraste entre peau et vêtement alors que les pièces d’outerwear font littéralement une barrière entre le corps et l’extérieur. Léger et confortable à l’intérieur et surprotégé à l’extérieur, c’est ça Yeezy Season 8. Une mode modulable et bien plus conceptuelle qui se rapproche des créations asiatiques. Yeezy semble avoir troqué son vestiaire minimaliste et accessible au profit d’un style toujours épuré, mais nettement plus high fashion et expérimental. On peut tout de même se demander qui pourra porter ces créations futuristes au quotidien ?

North et la symphonie des Klaxons

Finalement, ce que retiendront aussi beaucoup de spectateurs c’est surement les performances qui accompagnent le show. 21 h 45, le show démarre. Et là, les berlines garées sur le bas-côté devant l’Espace Niemeyer se mettent à klaxonner en rythme. De puissants coups de klaxon résonnent dans toute la rue et intriguent tous les spectateurs du défilé. Certains pensent à une revendication des chauffeurs Uber, d’autres s’amusent à filmer ces perturbateurs sonores. Mais en fait, tout ceci est finement orchestré par Kanye West et ses équipes qui ont pensé cette bande-son originale pour la moitié du défilé.

Après cette cacophonie, c’est North West, du haut de ses 6 ans, qui prend le micro et commence à rapper sa version de What I do de la jeune Américaine Zaza. Une intervention surprise si on en croit le clan West. La voix aiguë et les vocalises perçantes de North ont ainsi sonné la fin du show, alors que son père se tenait admiratif à côté de la désormais jeune artiste. Un moment unique qui a retenu toutes les attentions.