14 décembre 2019, 19:03 -

À l’occasion des 5 ans d’OKLM, la rédaction revient sur cinq moments qui ont aussi bien marqué les équipes que le public.

 

 

« Lunettes teintées, phares xénon, vitres teintées », l’opening line d’un freestyle véritablement devenu classique en seulement 5 ans. Si l’auteur de ce banger trap n’apprécie pas forcément qu’on lui colle l’étiquette freestyle PSG, il faut tout de même souligner que c’est ce morceau qui lance sa carrière. Avec le temps, l’expérience et une équipe de confiance, Niska réussira à faire évoluer sa musique afin de s’imposer comme l’un des numéros uns du rap français. Retour sur l’itinéraire de Zifukoro.

 

Jeune Trappeur Sauvage

 

Pour Niska, l’histoire commence dans son 91. Le jeune Stanislas a 20 ans lorsqu’il publie ses premiers morceaux déjà remplis de gimmicks forts et d’un sens de la trap indéniable. « A OKLM, on le découvre grâce à «Maitre Simonard» d’abord et ensuite avec le fameux «Freestyle PSG». Déjà, les deux morceaux commençaient à amasser des vues. Et encore une fois, c’est lui et son équipe qui nous ont directement envoyé les sons pour être mis en avant. », se remémore Romain M, co-fondateur du média. Chacun de ses morceaux marque le début du phénomène Niska. À l’époque, les freestyles sur YouTube se développent fortement et les couplets énervés de Zifukoro font bouger les têtes des trappeurs. Pour OKLM, c’est indéniable, Niska a un talent certain et il est primordial de s’intéresser à ce nouveau phénomène.

 

 

Car plus qu’un simple upcomer connu des diggers, Niska devient très vite le rappeur buzz de la fin d’année 2014. Quoi de plus normal lorsque l’on entend le banger qu’est «Carjack Chiraq» ou l’hypnotisant «Charlie Delta Charlie». Dans ses premiers morceaux, Niska fait ce qu’il fait alors de mieux : une trap française furieuse qui résonne grâce à des couplets pensés comme des hymnes et des ad-libs qui semblent venir d’une autre planète. Conscient de ce buzz qui embarque la France entière et du style marqué d’un artiste, encore à ses débuts, Niska et son équipe décident de sortir une première mixtape : «Charo Life». Pour l’occasion, Stani donne une de ses premières interviews à OKLM pour son mag de l’époque. 

 

 

Si le jeune prodige revient sur ses inspirations, son nouveau projet et dévoile quelques éléments autour de son personnage, Niska n’est pas aussi à l’aise qu’aujourd’hui. Romain M, présent ce jour-là, se souvient, lui, d’un artiste encore hésitant face aux médias. « Niska ça a toujours été un mec cool, détendu et très sympathique. C’est juste l’appréhension de la caméra et d’un exercice qu’il ne maîtrisait pas à l’époque, qui font émaner de lui un côté renfermé. » Un côté timide qui selon Mehdi Maïzi s’est effacé avec le temps, lui qui l’a rencontré à de nombreuses occasions notamment dans «La Sauce». « C’était très nouveau pour lui et ça peut sembler un peu bizarre quand tu n’es pas rodé à l’exercice. Depuis, il a grandi en tant qu’artiste, il a pris de l’expérience et de l’assurance et s’est entouré d’une bonne équipe pour le soutenir dans sa communication. Avec le temps, Niska a réussi à comprendre comment fonctionnent les médias et la promo, c’est aussi ça grandir en tant qu’artiste. »

 

« Le pouvoir de Niska ça a vite été la capacité à faire de très très grands morceaux. »

 

Grandir en tant que rappeur, c’est aussi parfois savoir faire face à des échecs. Ainsi, malgré des inédits comme «Fly Emirates» ou «Boug Mwen» pour entretenir la hype avant la sortie de «Charo Life», le projet ne score que 8361 ventes en première semaine. Un chiffre à mettre en perspective avec le contexte commercial de l’époque selon Mehdi Maïzi. « Tout ça, c’était avant le streaming. Ces 8000 ventes, c’est uniquement des ventes physiques et du téléchargement légal. Si il y avait eu le streaming à ce moment-là, je pense que «Charo Life» aurait scoré 15 000 voir 20 000 en première semaine. Et directement, l’histoire, c’est plus la même. » 

 

Malgré ces histoires de ventes et de scores, Niska ne se démotive pas et continue l’année 2015 sur les chapeaux de roue. L’été de la même année marque un tournant dans sa carrière. Zifukoro est invité par Maitre Gims sur ce qui deviendra le tube de l’été 2015 : «Sapés Comme Jamais». Les ambiances de Niska lancent un Gims qui «manie les mélos comme personne» avant de laisser le rappeur du 91 boucler un couplet dans un flow, empli de vibes africaines, qui deviendra sa signature. Le morceau est un hit instantané et Niska passe dans une autre dimension, comme nous avons pu vous le montrer à l’époque en filmant le making-of du clip de «Sapés Comme Jamais».

 

 

Autre indicateur d’une popularité qui n’est plus à remettre en question, Niska remplit la Cigale en décembre 2015. Pour l’occasion, l’artiste invite OKLM à le suivre d’abord en coulisses puis sur la scène de la mythique salle parisienne. Dans la fosse, une foule de fans qui scandent sans relâche les bangers d’un Niska qui rentre pleinement dans la cour des grands.

 

 

D’upcomer à trend-setter

 

 

En 2016, Niska prend son temps avant de dévoiler son premier album studio : «Zifukoro». « C’est plus avec «Zifukoro», et plus tard «Commando», que j’ai vraiment accroché à Niska. Ce qui m’a séduit dans ce projet, c’est forcément la relation avec DJ Bellek. J’ai aussi l’impression que Niska se prenait plus la tête sur les lyrics et les flows qu’auparavant. Il commençait à maîtriser ses skills de rappeur. Il se détache de la trap qui a fait «Charo Life» et de ce fameux flow emprunté aux Migos de l’époque. Il se diversifie vraiment. », se rappelle Mehdi Maïzi qui le reçoit aussi dans son émission en marge de la sortie de ce nouveau projet.

 

 

Sur ce nouveau projet, Niska s’ouvre en effet à de nouvelles sonorités notamment grâce à une sélection de feats qui fait mouche. D’abord avec Booba sur le survitaminé «M.L.C», puis avec Kalash pour le planant «L’ennemi» ou Gims pour «Elle Avait Son Djo». Sur ce dernier morceau, l’énervé Niska laisse place à un Zifukoro chantant aussi bien capable de faire turn up les bougs que de faire danser les foules. Cette capacité à se transcender, c’est l’atout fort de l’artiste selon Romain M. « Le pouvoir de Niska ça a vite été la capacité à faire de très très grands morceaux. Donc même si les projets dans leur intégralité pouvaient manquer de substance, il y avait toujours des bangers qui faisaient que l’on ne pouvait pas passer à côté de Niska. Car on l’entendait dans toutes les soirées, dans tous les clubs, dans tous les événements, car c’est devenu un fabricant de bangers. » Un artisan de hits qui désormais doit apprendre à vivre avec le succès comme il l’explique bien à Céline lors d’un rendez-vous OKLM dédié au patron de la marque Charo.

 

 

Dans la lignée de la démarche d’ouverture qui est celle d’OKLM et après avoir assuré des projets comme la mixtape, Booba et les équipe du média décident d’un nouvel événement pour pousser les rappeurs émergents. C’est ainsi que naît l’idée d’un Couvre Feu réunissant Booba, Niska, Kalash et Damso. Un freestyle devenu, aujourd’hui, un véritable classique et la vidéo la plus vue d’OKLM. Dans ce bijou de rap, les flows s’enchaînent, les gimmicks pleuvent et chacun y va de sa performance saisissante. Un véritable moment de rap pour Romain M. « Booba a pris les 3 artistes qui lui paraissaient être les plus prometteurs de l’époque pour matérialiser un mouvement rap que l’on sentait venir à travers des rapprochements qui avait déjà eu lieu. Outre tout ce qui a pu se passer après, c’est important d’avoir des grands marqueurs temporels de partage et de démarche artistique comme celle-là. En fait, c’est si cool d’avoir à la fois des gros artistes et des futurs gros artistes qui jouent le jeu de l’exercice le plus simple : se mettre en face de micros, lancer des prods et juste rapper. Et ça pendant 30 minutes pour 15 millions de vues, c’est assez cool ouais (rires). »

 

 

Dans ce freestyle, Niska éblouit d’abord par son énergie débordante et une technique parfaite malgré des flows toujours plus rapides. Et comme à son habitude les punchlines sont aussi mémorables qu’elles sont puissantes, tout comme les ad-libs du natif d’Évry qui s’amusent à habiller les freestyle de ses compères d’un puissant «Charo» ou d’un «Amen» retentissant. Et c’est là-dessus que l’année 2016 se termine pour Niska.

 

Niska Charo, Niska Commando

 

C’est à Miami que l’on retrouve Niska, ou plutôt que Mehdi Maïzi retrouve Niska au détour d’un voyage plein de connexions. « On est à Miami, on est censé travailler pour OKLM, on est censé voir Booba et on sait que Niska est là et qu’il était en studio avec Booba. Donc Romain et moi, on essaye de caler une interview, on réussit. Tout ça sans passer par le label, car c’est Papus le manager de Niska qui nous donne le feu vert pour 20 minutes d’interview sur Ocean Drive. » Entre deux palmiers, le journaliste et l’artiste échange autour de la carrière de l’artiste et de son nouveau single du moment, un certain «Réseaux».

 

 

« C’est une interview sur le moment sans préparation, Niska vient de sortir «Réseaux» et je lui parle du morceau qui commence à bien marcher. Et il me dit : « ouais, c’est bien. » Mais il ne se rend pas encore compte que ce morceau va changer sa vie. », détaille le journaliste alors à la tête de «La Sauce». En effet, cette première interview, un peu « sauvage », comme l’avoue Mehdi, est le premier élément de promo du futur album de Niska : «Commando». Et Zifukoro est alors très loin d’imaginer l’immense succès qu’il l’attend avec «Réseaux» et ce nouveau projet.

 

 

«Commando» sort quelques semaines après en septembre 2017. Et avec ce projet, Niska démontre véritablement qu’il est désormais l’un des rappeurs les plus influents du game. L’album est la quintessence des capacités du rappeur. Impérial sur «Story X», marquant sur «Medellin», prince de la vibe sur «Snapchat», explosif sur «»WLG«», Niska enfile toutes les casquettes et casse les portes des charts. Deux semaines pour atteindre le platine, un an pour le diamant, rien n’arrête celui qui fait cohabiter la trap et l’afro dans un son qui ne laisse personne indifférent. Rien de surprenant dans ce succès selon Romain M qui analyse le style d’un artiste complet. « Musicalement, il a une force de gimmicks, de gestus, d’ad-libs et de gros référentiels en fait, des grosses ancres qui font que l’on s’en rappelle, que ça tape, que ça donne envie de danser. Et ce côté dansant ça vient aussi de ses vibes congolaises et de la musique africaine. Chez Niska, on peut autant entendre du Papa Wemba que du Skippa da Flippa. Et en plus de ça, il a une super personnalité à laquelle on s’attache assez vite. Il a très vite trouvé un moyen de communiquer avec ses codes, ce qui le rend hyper sympathique. »

 

 

Et forcément avec autant de succès grâce à des morceaux comme «»Versus«» avec MHD ou le single «Salé», Niska est l’artiste que tous les festivals s’arrachent. Notamment aux Ardentes 2018 en Belgique, où les équipes d’OKLM le retrouvent dans le cadre d’un «All Acess», qui aurait pu ne pas l’inclure comme se souvient Romain. « On avait un peu de retard, donc lui et son équipe nous ont attendu une bonne vingtaine de minutes afin de répondre à quelques questions. Et ça avant de prendre la route pour rentrer sur Paris après le show. Ils n’étaient vraiment pas obligés de le faire surtout quand on a un agenda aussi rempli que le leur. Mais ils nous ont attendus pour donner de la valeur à notre contenu et montrer du respect à notre travail. Et c’est le genre de geste qui nous fait nous sentir hyper considérés. »

 

 

Sale, sale et encore Sal

 

Après ce succès retentissant, Niska est un des artistes les plus attendus par ses fans. Il le sait, il doit désormais continuer sur sa lancée et toujours être à l’avant du navire qui vogue sur la scène rap Française. C’est ainsi qu’il conçoit et livre son troisième album en cinq ans : «Mr Sal». Avec ce nouveau projet, Niska a choisi de mettre à profit ses expériences passées afin de présenter un projet complet dans la lignée de «Commando».

 

 

Porté par des bangers comme «Mendoza» ou «Du Lundi au Lundi», le projet séduit les fans du rappeur d’origine congolaise. Et les charts se remplissent des toplines entraînantes de «Médicament» avec Booba ou des punchlines du très énervé «La zone est minée». Toujours plus professionnels, Stanislas et son équipe déploient un plan de promotion intelligent pour la sortie de «Mr Sal». Et forcément, quand Zifukoro de la B atterrit dans nos bureaux, on se sent obligé de lui dédier un format inédit avec «Sal ou pas Sal».

 

 

Finalement, tout comme pour Hamza, la carrière de Niska a suivi l’évolution d’OKLM. Grandissant un peu plus à chaque projet, en travaillant son esthétique et son univers pour le faire évoluer sans jamais le dénaturer, et en continuant à être en avance sur les tendances musicales. Aujourd’hui, Niska à travers ses 4 projets en 5 ans et ses multiples featurings amassent une montagne de certifications : 27 disques d’or, 7 disques de platine et 6 disques de diamant.

« Il avait déjà tout de suite les épaules, le tempérament, le charisme d’une star. Donc tout ce qui lui arrive n’est pas étonnant et il y a peu d’inquiétudes quant à la possibilité d’assumer ce succès. », résume Romain M, qui poursuit. « Car il est très très bien entouré par son excellent manager Papus, par une équipe RP de chez MPC Production qui fonctionne super bien et un staff de Capitol qui l’accompagne parfaitement. De même pour ses tournées dont s’occupait Yuma Productions et qui sont maintenant aussi bien gérées par Auguri. Il est entouré à tous les niveaux et à toutes les échelles par des professionnels hypers compétents qui croient beaucoup en son projet. Et forcément quand cette confiance est mutuelle, et c’est le cas, ça ne peut que fonctionner. » Une success story made in Évry qui ne devrait pas s’arrêter tout de suite.