9 décembre 2019, 13:52 -
Par Ménélas Kosadinos Twitter : https://twitter.com/menelas_k

 

À l’approche de la seizième édition des Rap Contenders, on revient aujourd’hui sur la ligue numéro 1 de battle rap en France depuis une décennie.

 

 

 

Rap Contenders, l’icône du rap battle en France

 

Le battle a toujours été une discipline importante du rap. Beaucoup de rappeurs ont ainsi commencé par se vanner entre potes avant de creuser leur passion pour la musique. Affirmer son style, montrer que l’on est le meilleur, le battle concentre des qualités qui permettront aux rappeurs de faire la différence. Aussi vieux que le mouvement hip-hop, la joute n’a jamais cessée d’être pratiquée, sur scène ou dans la rue. 

En France, la discipline est entre les mains de la ligue des Rap Contenders depuis une dizaine d’année. Elle est fondée en 2010 par Stunner et Dony S. Inspirés par la ligue des WordUP ! québecoise, ils décident d’importer le concept en France. Dans ces battles, deux MC s’affrontent en trois rounds a cappella pour être départagé par un jury. Les compétiteurs ont souvent été sélectionnés en amont dans des compétitions préliminaires, comme le RC Espoir ou la Draft pour garantir un certain niveau au public qui se déplace. Popularisés sur Youtube, les RC sont avant tout un show live qui a lieu deux fois par an dans des salles parisiennes. Débutés à l’Éclipse, un bar du 17e arrondissement, le concept s’est depuis exporté à la Flèche d’Or (5OO places), au Trabendo (700 places) ou encore au Cabaret Sauvage (1200 places).

 

 

Les battles les plus mémorables des RC ont accumulé des millions de vues, et le public est toujours là après quinze éditions. La ligue s’est aussi professionnalisée avec la croissance de son public, et un coup d’œil entre le RC 1 et le RC 15 permet vite de voir la montée en puissance au niveau de la production et de l’organisation des événements. Pour rester en place, le RC s’est aussi diversifié : battles en 2 vs 2, événements régionaux (RC Est et Sud), battle avec la ligue québecoise, l’édition Genre Historique en audio sur des instrus… Mais c’est toujours le format classique qui reste le plus plébiscité, signe de l’attachement du public à un style Rap Contenders.

Depuis près d’une décennie les Rap Contenders sont donc devenus la référence incontestée du rap battle francophone. Certains rappeurs passés par là en ont même profité pour booster leur carrière, jusqu’à devenir de vraies têtes d’affiches.

 

 

Un tremplin pour une génération de MC

 

Dès le début, les RC ont servi de tremplin pour des rappeurs qui s’y sont distingués. Le cas le plus célèbre est celui de l’Entourage, qui ont marqué les premières éditions des RC, à l’époque une nouveauté. C’est Stunner qui remarque Alpha Wann et Nekfeu dans les open-mics de la région parisienne et qui leur propose de participer à la première édition. À l’époque, personne ne connaît le RC et les organisateurs ont besoin de trouver des MC prêts à se mouiller dans un tel exercice. Le collectif débarque en équipe aux premières éditions et occupent quasiment chaque battle avec Nekfeu, Alpha Wann, Jazzy Bazz,Deen Burbigo et Eff Gee. Guizmo et Sneazzy sont aussi présents dans les battles de la Draft. 

 

 

Chaque membre met en avant son collectif et ce gros coup de projecteur joue dans le buzz autour de l’Entourage au début des années 2010. La majorité du crew s’arrête à l’Éclipse, mais Deen Burbigo continue jusqu’à la troisième édition, et le couronnement est atteint lorsque Jazzy Bazz remporte le titre au RC 5. Le battle le plus vu à ce jour reste logiquement celui de Nekfeu, devenu une star depuis, dans lequel il bodybag (anéantit dans le langage du rap battle) son adversaire et auquel il fait référence dans son morceau Squa

Dinos, qui vient de sortir son deuxième album Taciturne, s’est aussi fait remarquer avec ses apparitions dans les éditions 4 et 5 des RC. À la même époque, Taipan s’impose aussi comme l’une des révélations RC, et ses premiers gros battles coïncident avec son arrivée chez Bomayé Musik, le label de Youssoupha. 

 

 

Parmi les révélations du Rap Contenders, on trouve avec plus d’étonnement le duo Bigflo & Oli, qui avant de devenir un groupe à l’audience plutôt familiale s’était permis des «Ta mère aussi joue de la trompette mais elle en fait avec ma bite ». Dans un battle de 2011 de l’édition Sud des Rap Contenders, ils écrasent un duo de sudistes dont on a plus entendu parler depuis. L’exercice n’est pour autant pas disqualifiant : des rappeurs comme Infinit ou Luidji qui ne se sont pas spécialement illustrés lors de ces battles ont continué à faire leur trou à force de talent. Et l’inverse est aussi vrai : l’art du battle peut se suffire à lui-même

 

 

L’univers des Rap Contenders

 

Ce serait une erreur de ne voir le RC que comme un tremplin vers une carrière musicale. En quinze éditions, la ligue a développé avec les années son propre univers, avec ses codes, ses références et ses gimmicks. Certaines phases sont devenus cultes pour un public fidèle et passionné. Il y a bien sûr le « genre historique », qui est passé à la postérité, mais les rappeurs font souvent des private jokes  partagés avec le public, autour d’anciennes phases marquantes qui renforcent le lien pour les plus passionnés : certaines punchs gagnent en saveur quand on connaît les éditions précédentes. 

Certains rappeurs attirent ainsi plus de monde sur leurs battles que sur leur musique, et le RC a ses propres stars. Le plus connu est bien sûr Wojtek, champion incontesté depuis des années et qui s’est aujourd’hui orienté vers le théâtre, ce qui n’est pas étonnant quand on connaît ses performances. Les Rap Contenders sont en effet à la croisée de plusieurs disciplines. Bien rapper est primordial bien sûr, et le public attend des compétiteurs une plume aiguisée et des flows techniques, mais ces derniers doivent maîtriser la mise en scène, faire preuve d’humour et d’auto-dérision, captiver la foule. 

 

 

Même si l’exercice est celui du clash, l’ambiance reste sportive, et même les phases les plus hardcores de chacun n’empêche pas un vrai fair-play au service de la performance et du divertissement. Aucune limite n’existe réellement dans les thématiques abordables, et même si les mères restent un grand classique, tout terrain peut être exploré. De nombreux MC sont devenus des experts et reviennent d’une édition à l’autre, les tauliers affrontant la nouvelle garde pour transmettre le flambeau. Dans la nouvelle génération, on peut citer parmi les compétiteurs les plus remarqués Doc Brown, Hermano, Lamanif ou encore Louvar, champion en titre qui affrontera Aladoum lors de l’édition 16, le 14 décembre prochain au Cabaret Sauvage

En quelques années, les RC sont devenus iconiques. Ils ont fait éclore une génération de rappeurs aujourd’hui installés, mais surtout créé un univers propre et indépendant, qui ne cesse d’évoluer. Aujourd’hui, la ligue rassemble une vraie communauté autour de la passion du battle et s’est imposée comme la référence moderne de cette culture en France. Rendez-vous le 14 décembre pour connaître la suite de l’histoire. 

 

 

Par Ménélas Kosadinos

Twitter : https://twitter.com/menelas_k