24 février 2020, 13:51 -

Twitter est une plateforme qui offre le meilleur comme le pire d’internet. Lorsqu’un Sadek ou un Koba LaD se retrouve dans la spirale infernale du bad buzz, des rappeurs comme le groupe N’Seven sont propulsés sur le devant de la scène et mis en lumière. L’occasion de revenir sur la relation tumultueuse qui lie les artistes urbain au « blue bird ».

 

 

Twitter est une plateforme de micro-blogging qui permet à la fois de se divertir et de s’informer. Mais c’est surtout une plateforme qui offre un avant-goût de ce qui se fait de pire sur internet : entre leaks, beefs, « sauces » et polémiques.

En effet, Twitter existe dans une dualité, celle où le mauvais peut être bon et où le bon peut être réduit en quelques secondes par ce même mauvais. Même si le réseau est une excellente caisse de raisonnance pour les rappeurs, Twitter a ses limites et de nombreux artistes quittent la plateforme ou ne sont tout simplement pas actifs dessus. Que ce soit pour promouvoir leur musique ou simplement partager des instants de vie, les rappeurs sont constamment connectés sur la plateforme et s’engagent même avec leurs fans, leurs haters, et, bien sûr, leurs ennemis.

Viré d’Instagram courant février pour des raisons « nwaar », c’est tout naturellement que Booba a trouvé refuge sur Twitter. En l’espace de quelques jours, le rappeur cumule plus de 5 millions d’abonnés et enchaîne les top tweets.

 

 

Les réseaux sociaux ont désormais leur place dans les campagnes marketing et Twitter s’érige comme l’outil de proximité par excellence, un atout de communication non négligeable pour qui sait s’en servir.

 

Aly, à qui appartient l’agence de management TimTimol et manager du rappeur Nelick explique sur le sujet, « On a une stratégie pour chaque plateformes. Twitter c’est une bonne plateforme pour relayer et avoir des retours. Mais c’est un réseau assez spécial, les artistes contrôlent plus ce qu’ils partagent que sur Instagram par exemple. Ils sont plus spectateurs qu’acteurs. Il y a énormément d’interactions, et ça a ses bons côtés : parfois c’est grâce à ça que certains problèmes sont remontés. » 

 

Dans un secteur où le stream est roi, le digital est devenu un canal de communication indispensable. Pour éviter les coups de sang et les réactions à chaud, beaucoup engagent un Community Manager pour gérer leur image et leur communication. 

 

JE T’HAINE MOI NON PLUS

 

« Twitter est essentiel aujourd’hui pour du buzz, c’est un réseau qui mélange tout le monde, tout le monde dit ce qu’il veut, c’est la porte des Enfers, tous les jours un nouveau drama, si on parle de toi t’as déjà gagné. », explique Sebastien Forte (@seblatombe), Community Manager en freelance spécialisé dans le domaine du rap français depuis 2010. 

 

Si certains rappeurs l’ont appris à leurs dépens, il est essentiel de garder une certaine distance avec les réseaux sociaux et notamment avec Twitter. Bien que ce soit le moyen de créer un lien privilégié entre un artiste et sa fanbase, son utilisation a ses limites. C’est un outil très important pour un rappeur, à condition de savoir l’utiliser. Twitter a ses propres règles et se forme autour de communautés liées par des intérêts communs. 

 

Toujours selon Sebastien Forte, « En période de promotions (nouveau clip; album; single etc.) il est important d’être présent quotidiennement sur les réseaux, alimenter et réagir vite avec des stratégies établies au préalable. Avec le temps, tu prends des contacts qui peuvent donner de la force au projet comme sur Twitter ou Snapchat. En période creuse c’est différent c’est plus « remplir l’espace », tu vas combler « un vide », il ne faut jamais laisser mourir les réseaux d’un artiste même si aucun projet n’est à venir. »

 

Si certains alimentent leur notoriété à coup de beefs et de coups de gueule, d’autres se retrouvent enfermés dans la spirale du bad buzz et détruisent leur e-reputation. Il est récurent de voir des rappeurs se faire « call-out » sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter : Les gens sont friands de polémiques et y portent énormément d’intérêt.  Une gaffe, un malentendu, un clash, rien n’est laissé sur le bas côté et le moindre écart peut se retrouver en top tweet France pendant des jours, voire des semaines.

 

« le CM est réellement indispensable – sauf à quelques exceptions près comme PNL, un CM spé dans le rap saura « t’aiguiller » si le rappeur à la flemme ou ne sait pas faire de selfie, de post instagram, de story par exemple, c’est important que le CM soit là. Inconvénients ? J’en vois pas sauf si le CM n’est pas ouf. Le CM est primordial pour les rappeurs en indé ou qui viennent de signer en distribution ou en maison de disque. ET si le rappeur ne se branche vraiment pas sur les réseaux et ne connaît pas du tout (c’est le cas pour beaucoup). » 

 

Avoir un Community Manager est au final un moyen de se protéger, mais surtout de réagir de la meilleure manière possible. Il n’est pas rare qu’un artiste « dans la sauce » prenne la polémique à contre-pied et réussisse à sortir la tête de l’eau en l’espace d’un tweet de 280 caractères, quand d’autres privilégient le silence et laissent couler, en espérant que la polémique suivante balaye la leur.

 

Pour Aly, « Un Community Manager c’est indispensable quand t’es un gros artiste, pour les histoires de bad buzz, tu risques beaucoup plus qu’un jeune rappeur en développement. Avoir quelqu’un d’assez smart et qui comprend les codes des réseaux sociaux, qui sait comment créer ou éteindre un buzz c’est essentiel. »

 

Seb quant à lui confie, « Depuis que je suis dedans, j’ai déjà eu affaire à plusieurs sauces et la manière de gérer ça dépend de l’ampleur de cette « sauce ». T’as Niska qui fonce et qui assume, et ça marche, ou t’as le silence complet, tout dépend du cas de figure en vrai, le silence c’est quitte ou double. Parfois ça peut être bénéfique si t’as besoin de buzz, tu peux générer une polémique exprès mais c’est un autre sujet. »

 

 

Selon Aly, « Twitter c’est une bulle. Au final, c’est vraiment quand ça sort de la Twittosphère que ça devient problématique. C’est un réseau dans lequel il y a des polémiques tous les deux jours, alors quand il y a un bad buzz : soit l’artiste prend la parole, en fonction de sa personnalité et assume avec son ton en espérant éteindre la braise – au risque d’alimenter le feu -. Soit il reste silencieux et laisse sa musique s’exprimer, en espérant que le prochain buzz éteigne le sien. Mais l’erreur c’est le discours trop formel type communiqué de presse, les gens n’y croient pas. » 

 

Twitter c’est un peu la cour de récré, un concours de qui aura la meilleure vanne, qui sortira le plus gros dossier. Aujourd’hui il y a un côté où l’humour est privilégié, quel que soit le contexte ou le sujet, tout est détournable. Il n’est donc pas rare de voir des rappeurs transformés en « meme » faire le tour du globe ou des montages photo atteindre des millions de partage.

 

 

 

DE L’OMBRE A LA LUMIERE

 

 

Si certains rappeurs l’ont appris à leurs dépens, il est essentiel de garder une certaine distance avec les réseaux sociaux et notamment avec Twitter. Pourtant, ce réseau permet parfois de mettre des artistes en lumière.

 

 

 

Pour les rappeurs en devenir, un compte Twitter est aujourd’hui la version 2.0 d’une «démo de label». La meilleure manière de partager son avancée dans le monde de la musique et d’attirer l’œil des labels et des médias spécialisés sur son univers. Le hip-hop est le genre le plus populaire au monde et il utilise tous les supports de communication disponibles pour raconter son histoire. La refonte complète de l’industrie vers le streaming a notamment permis à des passionnés d’être rappeur sans même avoir besoin de sortir un album.

 

 

On peut voir ça comme une manière pour la culture hip-hop de remonter à ses racines: délivrer directement un message de la manière la plus pure possible, sans filtre ni intermédiaires. Twitter, c’est un peu le coin de rue 2.0 où un rappeur peut s’essayer au freestyle et lâcher un 16. 

 

 

Un tweet, une punchline en guise de caption sur sa dernière photo, un freestyle ou un extrait de son prochain single en playback : tout est bon pour faire vivre sa musique et partager sa passion. Aujourd’hui, Twitter et plus généralement les réseaux sociaux sont le navire du rap français. Désormais, société consumériste oblige, sortir du son c’est aussi assurer sa présence sur les réseaux sociaux et mettre sa voix immédiatement dans l’oreille de ses fans.

 

 

Outre la diffusion de musique, un compte sur Twitter est aussi le meilleur moyen pour un artiste d’attirer de nouveaux abonnés et d’étendre son audience. Pour se faire, il suffit d’en maitriser les codes.

 

 

Il n’est pas rare d’observer que certains artistes passent par le biais de l’influence de Twittos pour booster un clip, un son ou même leur dernier projet en date. Les Twittos s’occupent de relayer les informations et contribuent au succès autant qu’à la chute d’un artiste.

 

« Ça m’est déjà arrivé d’appeller des Twittos pour de la promotion, que ça soit sur Twitter, Insta ou Snap ça se fait énormément dans le rap, ça va être par exemple de demander à la personne de se filmer de danser sur le son, de passer le son dans sa voiture, à la plage.. n’importe quoi. Personnellement si j’aime le son d’un mec je le fais gratos, je partage son clip sans problème et oui bien entendu je met en avant les rappeurs avec qui je bosse avec des RT et/ou des capsules vidéos. » confie Seb sur le sujet, toujours pour OKLM. 

 

En somme, Twitter est un excellent outil de communication pour qui en maîtrise les rouages. Pour ce qui est du reste, on ne compte plus les carrières et les réputations que la Twittosphère a laissé sur la bande d’arrêt d’urgence.